My job !

Devenir maman, et ces petites remarques anodines dans le monde du travail

Il a été très difficile pour moi de trouver un titre à cet article. Et oui, je ne voulais pas forcément écrire le mot misogynie dans le titre. Mot un peu fort peut-être ? Et puis, de nos jours, ce terme est un « gros mot », tabou. Mot « impossible » à prononcer dans nos sociétés voulant toujours plus d’égalité. C’est un problème, qui pourrait sembler d’un autre temps.

Et pourtant… cela existe certainement, mais pas forcément comme on se l’imagine : il ne s’agit pas forcément d’une sorte de « haine des femmes » ou de propos très déplacés. Je pense plus à une sorte de misogynie « ordinaire », révélatrice d’un certain mépris ou d’un changement de comportement envers les femmes devenant ou étant maman.

Précisons deux petites choses avant de commencer à rentrer dans le vif du sujet :

  1. J’adore mon entreprise, mes collègues et je m’estime très chanceuse : j’ai un poste intéressant et une belle carrière pour mon âge.
  2. Je ne suis pas spécialement féministe.

Pourquoi avoir voulu écrire sur ce sujet ? Et bien, parce qu’il y a des choses qui me blessent aussi anodines soient-elles, et qui me donnent la sensation que mon travail est dévalorisé.

Etre enceinte : ce n’est jamais le bon moment !

Combien de femmes ont entendu : « Mais, cela ne nous arrange pas votre grossesse ! » Et oui, c’est exactement ce qui m’est arrivé. Le premier trimestre a été relativement fatiguant pour moi, et la fatigue s’est vite lue sur mon visage. Jeune mariée que j’étais, mes responsables se doutaient bien que quelque chose risquait d’arriver. Mon entretien annuel s’est résumé à cette question : « Est-ce que tu es enceinte ? » sans pouvoir défendre l’année difficile que j’avais pu passer. Six mois seule à amasser la masse de travail de plusieurs personnes, c’est quelque chose qui se défend en entretien annuel normalement ? En une question, tous mes efforts de l’année et mes journées à rallonge ont été réduits à néant. En effet, cette grossesse n’arrivait juste pas au bon moment et n’est pas « tombée » l’année où il le fallait pour une question de gros projets en cours.

De toute manière, je crois que dans le monde professionnel, ce n’est jamais le bon moment, en particulier lorsqu’on travaille dans des services où la charge de travail est constante. Pour la petite anecdote, je me souviendrai toujours dans une réunion devant le grand chef de cette petite phrase insidieuse : « Cela va être difficile de réussir notre projet, car Madame Etoile est enceinte ! » Ah, bon ? Une grossesse, c’est quelque chose qui s’anticipe pour l’employeur, d’autant plus que je l’avais annoncé très très tôt pour cette raison et prévoir suffisamment tôt mon remplacement.

Lorsque j’ai été arrêtée d’urgence pendant ma grossesse, cet arrêt précoce – du moins je l’imagine – n’a arrangé personne, et a peut-être été perçu comme un arrêt de « confort ». Ayant une grossesse a risque, non ce n’était pas du confort, mais j’estime que mes supérieurs et mon équipe n’ont pas besoin du détail. J’ai eu du remarques comme quoi les médecins faisaient du zèle… et bien sûr je me suis sentie coupable de délaisser les équipes.

Globalement, avant mon arrêt, j’ai trouvé le regard des femmes plus difficile à gérer que celui des hommes. Certaines collègues m’ont même dit qu’on devenait « bête » pendant la grossesse. Combien de fois j’ai entendu le traditionnel « enceinte, ce n’est pas une maladie » et que ce sont les petites natures qui ont des nausées, des insomnies, etc… Et bien, dis-donc si même les mamans / futures mamans réagissent ainsi… On est mal parti, j’ai envie de dire…

Sommes-nous vraiment des tire-au-flanc parce que nous nous absentons quelques mois pour réaliser ce qu’il y a de plus beau : donner la vie ? Ont-elles elle-mêmes « profité » de leur état de grossesse pour se faire arrêter sans raison sérieuse ? Est-ce de la simple mesquinerie ? Je m’interroge. Quoiqu’il en soit, la culpabilité a été là un petit bout de temps, et mon travail a été ma priorité tant que je travaillais (coucou journées à rallonge !).  Mais il a fallu que le médecin me dise que je risquais d’avoir de gros problèmes si je ne m’arrêtais pas pour que mon bébé devienne enfin ma toute première priorité. Cela a été une erreur de ma part que de vouloir continuer de travailler comme si de rien n’était pour garder la confiance des mes supérieurs et de mes équipes.

Le retour au travail : où comment le regard sur moi à changer

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Autant j’ai trouvé certaines personnes parfois dures dans leurs propos avant mon arrêt, autant j’ai eu de jolies surprises. En effet, après mon arrêt, mes équipes m’ont demandé régulièrement des nouvelles, et mes supérieurs m’ont laissé reprendre en douceur le travail après mon congé maternité. En outre, un choix m’a été laissé : reprendre le même poste ou évoluer. Je suis revenue au même poste tout en demandant une éventuelle évolution en fonction des postes ouverts. Bref une situation ultra pratique et flexible dont je suis très reconnaissante à mes supérieurs. Et oui, vous me voyez venir là ? Je connais malheureusement de jeunes mamans, qui n’ont pas récupéré le même poste à leur retour – et ce, malgré la garantie donnée par leur supérieur avant leur retour…

Néanmoins, car il y a toujours un mais. Je n’aurai sans doute pas de primes d’activité cette année. Et oui, j’ai été absente six mois, donc il n’y a pas grand chose à dire sur mon année d’après mes responsables. Comme si ces six mois de travail n’avaient pas compté…

Cependant ce n’est pas ce qui m’a le plus touché, ce sont le regard et les paroles de ces femmes qui n’ont pas encore d’enfants. Je précise que tous mes collègues déjà parents sont adorables, et prennent régulièrement des nouvelles de Petit Prince. A contrario, je n’ai pas échappé à ce genre de remarques de la part de femmes sans enfant :

  • C’est impossible de mener carrière et d’avoir un enfant. Partir à 18 heures tous les soirs pour aller chercher ton enfant, ce n’est pas possible…
  • Je préfère progresser un maximum avant d’avoir un enfant : après je n’aurai plus de progression et mon salaire stagnera.
  • Les médecins font du zèle sur les arrêts maladie de grossesse.
  • Il y a quand même beaucoup de femmes qui exagèrent sur les symptômes de grossesse.
  • Quand je serai enceinte et que j’aurai un soucis, je viendrai faire la passation avec mes collègues. Même avec un col ouvert, je ne laisserai pas mes collègues en plan.
  • Je ne pourrai pas être arrêtée avant mon congé maternité. Ce n’est pas possible, je vais déprimer, j’ai besoin de travailler…

Vécu et entendu. Comment ne pas se sentir visé, même si cela est dit d’une manière aussi anodine, au détour d’une discussion ? Après, je suis peut-être trop sensible ?

Pour moi, c’est avant tout de l’ignorance. C’est tellement facile de juger une situation qu’on ne connait pas. Quand tu es arrêté d’urgence par exemple pendant ta grossesse, tu penses avant tout à ton bébé. Point.

Aussi anodines que puissent paraitre ces remarques dans une discussion autour de la machine à café, elles sont déstabilisantes au début, « légèrement » dégradantes ensuite dans ta condition de femme et de maman.  Et oui, je ressens parfois de la gène d’être maman. J’ai l’impression que je dois me justifier sur le fait que j’ai une vie de famille, que j’ai envie de partir à 18H30 pour profiter de Petit Prince. Toutes ces personnes ne savent pas ou ne se rendent pas compte que la famille, un enfant, c’est important. Le temps passe vite, et ce n’est déjà pas évident de laisser garder son enfant, alors je suis désolée, mais j’ai besoin de voir mon enfant un minimum ! Sinon je vais totalement passer à côté de mon rôle de maman.

Affirmer son envie de vouloir mener carrière !

Ceci dit tout n’est pas si noir dans cette histoire. Je m’en sors plus que très bien. Comme je le disais plus haut, je cherchais un autre poste en interne. Et j’en ai trouvé un ! Lors des entretiens, menés exclusivement avec des hommes, je leur ai parlé de mon rôle de maman, de mon besoin de flexibilité. Et oui, quant on a des responsabilités et qu’il faut partir tôt pour retrouver bébé le soir, il y a toujours des solutions comme travailler un peu le week-end de chez soi par exemple. Cela a été très bien accueilli et compris. J’ai eu de la chance de passer des entretiens avec de jeunes papas dont les femmes mènent elles-aussi carrière.

J’intègre dans quelques jours ce nouveau poste, et c’est une vrai bouffée d’air. On me laisse la flexibilité que je réclame en tant que maman, et on me fait confiance, alors que je pars d’un service où j’avais le sentiment que ma place n’était plus celle que j’avais occupée avant mon départ en congé maternité comme si ma maternité m’avait décrédibilisé…

 

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16 réflexions au sujet de « Devenir maman, et ces petites remarques anodines dans le monde du travail »

  1. C´est très intéressant. Pour moi aussi la grossesse a été plus difficile à vivre que le retour. Mais globalement je me rends compte que mes collègues et ma hiérarchie ont toujours été très bienveillants. Je n´ai eu aucune remarque sur mon arret anticipé eu aujourd´hui encore mes absences sont bien tolérées.

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  2. Je travaille dans un gros groupe et dans le service où je suis actuellement, j’en ai vu passer des grossesses. On a une convention qui favorise pas mal le congé maternité (des semaines en plus) + des jours de congés en plus quand tu as des enfants + des conditions très avantageuse si tu veux faire un 80%. Honnêtement je n’ai pas eu de réflexions pendant ma grossesse par mes collègues et supérieurs par contre elle n’est clairement pas tomber au bon moment de mon point de vue. Il y a eu un renouvellement complet de l’équipe et j’ai du former l’ensemble de mes nouveaux collègues alors que ce n’était pas vraiment à moi de le faire. J’ai du coup était doublement fatiguée dans les 3 premiers mois et j’étais tellement au bout du rouleau que j’ai annoncé ma grossesse à ma chef un peu plus tôt que prévu.
    Mon départ prématuré pour cause de MAP, n’a pas été mal vu (il me rester à faire 2j avant mon congé mat) mais j’ai quand même eu l’impression de laisser mes collègues en plan sur certain sujet.
    Le retour s’est fait très (voir trop) en douceur mais cela m’a permis de mettre en place un bon rythme entre le boulot et la maison. Comme toi dans pas longtemps je vais changer de poste en interne et je pense que c’est le bon moment !

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    1. Je veux bien rejoindre ton entreprise, c’est top cela 😉 Je me demande si derrière tout cela, il n’y a pas aussi une question de budget en plus de la question organisationnelle pour l’entreprise. C’est quand même cher de remplacer quelqu’un en congé maternité (et si ce n’est pas le cas malheureusement ce sont les collègues qui trinquent). En tout cas, bonne chance pour ton nouveau poste 🙂 Pour ma part, je suis très motivée par ce changement !

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      1. Je suis aussi très motivée par ce changement. En plus on est venue me chercher pour ce poste c’est que donc mes compétences sont reconnues.

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  3. Je me retrouve tellement dans tes mots… J’ai vécu la même situation pour mon 1er enfant, avec un arrêt très tôt pendant ma grossesse (à 6 mois), et j’ai eu droit un contrôle sécu à la demande de ma hierarchie… Je travaille dans le secteur public, sur un poste d’encadrement, et le traitement des femmes enceintes et/ou jeunes mamans n’est pas toujours ce qu’on pourrait croire. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le jugement ou remarques inopinées qui sont formulées par d’autres femmes (déjà maman ou sans enfant), et je trouve ça tellement déçevant….
    Mais je pense que cela fait partie de la nature humaine, certain ont tendance à juger trop facilement et ne s’intéresser qu’à leur propre univers….

    Merci en tout cas pour ton témoignage, qui me fait me sentir moins seule!

    Bises

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    1. Merci pour ton commentaire 🙂 Je partage ton point de vue. Les gens peuvent juger très facilement une situation qu’ils ne connaissent pas. L’article a été dure à écrire, car je ne voulais pas en faire une généralité. Je pense juste que cela dépend des personnes que l’on côtoie et de la situation du service dans lequel on travaille. C’est certain que si la charge de travail est importante, ce sera plus dur d’absorber un départ en congé maternité que dans un service « plus cool ». Cela peut peut-être provoquer par conséquent quelques ressentis de la part de certaines personnes.

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  4. entendu tout ça aussi…je m’en suis pris plein la tête à l’annonce et clairement je sais que je vais appréhender le retour au travail (baby boy aura normalement environ 4 mois). évidemment que c’est jamais le moment…mes collègues m’ont dit « putain et c’est à ce moment que tu fais ça !!! ». j’ai rétorqué que c’était la vie, que j’allais pas faire ma vie en fonction de leur calendrier….c’est épuisant…

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  5. Super article ! Et tu as bien fait de l’écrire pour parler de cette misogynie ordinaire qui, malheureusement, a encore la part belle dans la plupart des entreprises.
    Et pour répondre à ta question : non, je ne pense pas que tu sois trop sensible ! Les remarques auxquelles tu as eu droit sont bien corsées ! Est-ce que maintenant tu oses répondre et remettre ces personnes à leur place ? J’ai également l’impression que ce sont surtout des femmes qui ont été dures avec toi, ce qui n’était pas mon cas (mais bon, on est 3 femmes dans mon équipe, dont ma chef alors c’est peut-être juste une question de statistique !).

    Mon expérience est un peu différente de la tienne puisque j’ai eu la chance d’être très en forme pendant la grossesse : j’ai pu continuer à absorber ma charge de travail habituelle et j’avais même envie de poursuivre 15 jours après ma date de congé, mais c’est ma chef (oui, une femme, jeune maman elle aussi : je pense ça a énormément joué pour cette période-là se passe sereinement pour moi) qui m’a demander de mettre le hola.
    Cela ne m’a bien sûr pas empêchée d’avoir l’impression d’abandonner mon équipe, mais je pense que ça venait plus de moi.

    Au retour, j’ai eu la bonne surprise d’apprendre que ma super chef s’était battue pour que j’ai mon augmentation annuelle normale : après tout, je ne suis pas absentée beaucoup plus longtemps que quelqu’un qui se casse la jambe ou se fait les ligaments croisés au ski, et moi, au moins, j’ai prévenu en avance ! 😉

    Par contre, les petites remarques insidieuses, moi c’est plutôt à mon retour que je les ai entendues :
    – tu ne t’es pas ennuyée pendant ton congé mat : ça devait être vraiment pénible d’être seule toute la journée (enfin, avec bébé, quoi !)
    – alors, tu allaites (comme si ça les regardaient, mes collègues !)
    – oh ben, elle est encore malade ? ou son corollaire : elle ne fait toujours pas ses nuits ? Ça m’étonne pas que tu sois toujours crevée en ce moment….
    – je suppose que ce déplacement à l’étranger, tu veux l’annuler ? ou encore : on va plutôt envoyer untel pour cette mission

    Heureusement que mon mari peut assurer aussi souvent que moi, ce qui me permet quand même de pouvoir partir en déplacement, justement, mais aussi être présente pour les réunions tard le soir.
    Certes, les choses n’ont pas beaucoup changé, mais j’ai toujours la désagréable impression de devoir prouver encore plus qu’avant mes compétences….

    Aimé par 1 personne

    1. J’adore ton commentaire. Je n’ai pas eu ces questions là pour ma part. En fait, dès qu’on me demande des choses sur Petit Prince, je dis que tout va bien et ça clôt la discussion. Difficile de remettre les gens en place… Disons que tu ne t’attends pas à ces remarques, donc j’ai généralement laissé couler ou quand c’était des choses qui me gênaient vraiment, je répondais quelque chose de très diplomate 🙂 J’ai de la chance de pouvoir compter aussi sur mon mari, et clairement ça aide pas mal !

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  6. Je vais quand même répondre bien que n’étant pas encore en situation. Clairement dans mon ancien job j’aurais détesté devoir revenir après un congé maternité. PME dans tout ce qui se fait de pire. Aucun avantage, aucune flexibilité …
    Dans mon nouveau poste, je pense que cela se passerait beaucoup mieux. Clairement plus d’avantages et de la flexibilité. On verra le moment venu. Mais c’est sur que sur mon poste ça ne sera jamais le bon moment non plus 🙂

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    1. Courage et puis on ne va quand même pas mettre notre vie entre parenthèse 😉 Oui, je confirme la flexibilité, c’est ce qui peut manquer sur des postes à responsabilité. Heureusement, j’en ai davantage sur mon nouveau poste. Pour résumer, je peux très bien partir un soir à 16H pour aller chez le pédiatre, comme retravailler un peu le soir ou le WE. C’est donnant / donnant, mais très bien pour gérer les éventuels aléas d’une vie de famille.

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